Posted in

Pourquoi Columbo est une série très TSA-friendly

Le lieutenant Columbo en train de réfléchir en se grattant la tête.

Colum­bo est une série qu’on ne présente plus tant elle a mar­qué son époque dans les années 1970 et qui con­tin­ue de faire de remar­quables scores d’au­di­ence lors de ses red­if­fu­sions télévisées [1] face aux séries poli­cières mod­ernes, dont cer­taines directe­ment inspirées des aven­tures du célèbre détec­tive. Mal­gré son anci­en­neté, la série con­tin­ue de leur tenir tête grâce à une écri­t­ure soignée, intel­li­gente et surtout réal­iste. Quand la plu­part des autres séries du genre nous présen­tent des per­son­nages tous plus stéréo­typés les uns que les autres et doté de capac­ités (ou par­tic­u­lar­ités) presque surhu­maines (ils savent tout, sont experts en tout, lisent dans les pen­sées et ne se trompent jamais au sein d’une équipe d’en­quê­teurs par­faite­ment incom­pé­tente…), Colum­bo nous faire suiv­re le quo­ti­di­en d’un sim­ple flic mal payé, qui ne peut pas compter sur des méth­odes d’analyse ADN incon­nues à l’époque et doit se con­fron­ter à des gens de la haute société comme des avo­cats, psy­chi­a­tres, hommes poli­tiques, célébrités… Des gens qui ont suff­isam­ment d’in­tel­li­gence et de moyens financiers pour croire avoir com­mis le meurtre par­fait et assez de pou­voir et de rela­tions pour faire pres­sion sur les ser­vices de police si leur ali­bi venait à se frag­ilis­er dan­gereuse­ment. Le lieu­tenant part donc per­dant et va devoir tra­vailler plus dur s’il veut avoir une chance de réus­sir.

Comme il le dit si bien dans “Les sur­doués” (Sai­son 6 Episode 3): “Toute ma vie je me suis retrou­vé en face de gens d’ex­cep­tion. Je ne par­le pas seule­ment de gens comme vous ou comme ceux de votre club (de sur­doués, 150 de qi min­i­mum pour y être admis)… Non non, vous voyez ce que je veux dire… A l’é­cole déjà j’avais des tas d’amis intel­li­gents. Puis quand je me suis engagé dans la police active, là encore je me suis retrou­vé con­fron­té à des gens qui me dépas­saient. Et j’ai bien vite com­pris que j’au­rais des dif­fi­cultés à devenir inspecteur avec une telle con­cur­rence. Alors je me suis dit que si je tra­vail­lais plus fort qu’eux, si je pas­sais davan­tage de temps penché sur mes livres et à ouvrir tout grand mes yeux, j’au­rais peut-être une petite chance. Et j’ai gag­né… Et je dois dire que j’aime bien mon méti­er…”

Colum­bo est tenace. Il sait qu’il a des défauts et des lacunes, mais il ne lâchera rien. S’il doit pass­er toute la nuit à appren­dre com­ment fonc­tionne un sys­tème qui lui est incon­nu afin de prou­ver com­ment le tueur a pu s’en servir pour éla­bor­er son plan, il ne dormi­ra pas de la nuit. Il sait qu’il est dif­férent et qu’il devra subir les remar­ques, les moqueries et même la con­de­scen­dent des autres s’il veut arriv­er à clô­tur­er son enquête avec suc­cès. Cette façon de penser n’est pas sans rap­pel­er le quo­ti­di­en de mil­lions de per­son­nes à tra­vers le monde qui ne sont pas nées avec les mêmes capac­ités et qui doivent chaque jour se bat­tre plus fort que les autres pour réus­sir à les égaler: les per­son­nes qui présen­tent des traits du spec­tre du trou­ble autis­tique (ou une autre forme de neu­roatyp­ie, trou­ble de la per­son­nal­ité et/ou hand­i­cap physique ou men­tal).

Comme Colum­bo, les per­son­nes neu­roatyp­iques et plus par­ti­c­ulière­ment les per­son­nes autistes ren­con­trent des dif­fi­cultés au niveau social et pro­fes­sion­nel. Comme ces trou­bles sont dif­fi­ciles à repérés, la grande majorité devra se débrouiller comme elle peut pour s’en sor­tir dans un monde dont les codes ne lui sont pas con­nus. Et redou­bler d’ef­forts pour se fon­dre dans la masse en imi­tant du mieux qu’elle le peut des com­porte­ments et des réac­tions que la majorité de la pop­u­la­tion a acquis de façon naturelle de par un fonc­tion­nement cog­ni­tif neu­rotyp­ique.

Les prin­ci­paux critères diag­nos­tics des Trou­bles du Spec­tre de l’Autisme sont:

1 — Les dif­fi­cultés dans les rela­tions sociales: prob­lème avec le con­tact visuel, le lan­gage implicite et cor­porel, la réciproc­ité sociale et émo­tion­nelle, prob­lème à entretenir des rela­tions, com­porte­ments inap­pro­priés en société…

2 — Les com­porte­ments et intérêts restreints et répéti­tifs: gestes stéréo­typés, cen­tres d’in­térêts et activ­ités très spé­ci­fiques et intens­es, une intolérance au change­ment et aux imprévus…

Nous pou­vons aus­si rajouter à cela des dif­fi­cultés sen­sorielles comme une hyper­sen­si­bil­ité aux lumières vives, une hyper­a­cousie qui rend les bruits vite intolérables ou une hyper­sen­si­bil­ité tac­tile qui rend le con­tact avec cer­taines matières par­ti­c­ulière­ment désagréable… Chaque per­son­ne étant unique, ces traits spé­ci­fiques sont présents à dif­férents niveaux de sévérité et se révè­lent plus ou moins hand­i­ca­pants selon chaque cas per­son­nel. Les per­son­nes autistes sont sou­vent très anx­ieuses et aiment met­tre en place des rou­tines pour se créer un envi­ron­nement ras­sur­ant et ont ten­dance à analyser le monde qui les entoure dans les moin­dres détails pour com­pren­dre et anticiper chaque imprévu du mieux qu’elles le peu­vent..

En prenant en compte toutes ces par­tic­u­lar­ités, nous allons voir en quoi la série Colum­bo peut être un pro­gramme par­ti­c­ulière­ment adap­té pour les indi­vidus TSA, mais il est bien évi­dent que toute per­son­ne neu­rotyp­ique peut aus­si en appréci­er les qual­ités. ^^

 

UNE STRUCTURE PREVISIBLE ET UN RYTHME APAISANT

Le lieutenant Columbo discute avec son suspect Oscar Finch.

Quand la série est arrivée sur les écrans en 1968, elle pro­po­sait un con­cept nova­teur qui allait à l’en­con­tre de toutes les séries poli­cières avant elle: on con­naît le meur­tri­er dès le départ.[2] Chaque épisode suit une struc­ture cod­i­fiée qui ne chang­era pra­tique­ment jamais au fil des saisons. L’his­toire com­mence par met­tre en avant le meur­tri­er: on le voit plan­i­fi­er et organ­is­er méthodique­ment son assas­si­nat, attir­er sa vic­time dans un lieu isolé avant de pass­er à l’acte, puis effac­er toute trace de sa présence sur les lieux et repar­tir prof­iter des fruits de son crime. Toute l’in­térêt de la série ne repose donc pas sur le sus­pense ou l’ac­tion, mais sur la façon dont le lieu­tenant Colum­bo va réus­sir à coin­cer son assas­sin.  On ne le ver­ra  appa­raître en moyenne à l’écran qu’au bout de 15 à 30 min­utes lors de son arrivée sur la scène de crime. Après avoir inter­rogé ses col­lègues de la police et la per­son­ne ayant décou­vert le corps, un détail le fera rapi­de­ment porter son atten­tion sur un sus­pect idéal qu’il suiv­ra partout jusqu’à réus­sir à le con­fon­dre. Comme il le dira lors de sa con­férence face à des étu­di­ants dans “Crim­i­nolo­gie Appliquée” (Sai­son 10 Episode 1): “Je tra­vaille surtout avec mon flair. Une fois que je suis sur une piste, je ferai à peu près n’im­porte quoi pour coin­cer mon assas­sin… Un polici­er doit appren­dre à être patient: très impor­tant…” Et Colom­bo n’hésit­era pas à pren­dre le temps pour réu­nir les preuves néces­saires tout en cher­chant à faire cra­quer son sus­pect à l’usure.

Car con­traire­ment aux séries mod­ernes qui enchaî­nent les cours­es pour­suites et les mou­ve­ments de caméra rapi­des, la série Colum­bo priv­ilégie les plans fix­es sur une longue durée. Nous ne regar­dons pas une série d’ac­tion, mais une série basée sur la réflex­ion et l’af­fron­te­ment psy­chologique entre le lieu­tenant et ses sus­pects. On pour­rait la rap­procher d’une par­tie d’échec entre deux adver­saires qui s’af­fron­tent dans les décors fix­es d’une pièce de théâtre.[3] Les lieux qu’il vis­it­era dans chaque épisode seront rel­a­tive­ment lim­ités en nom­bre: en général, il fera essen­tielle­ment des aller-retours entre la scène du crime, le domi­cile ou bureau du patient et se ren­dra par­fois dans un restau­rant ou une bou­tique pour manger ou obtenir des infor­ma­tions. Ain­si, même les décors con­stituent une rou­tine reposante per­me­t­tant de focalis­er son atten­tion sur l’his­toire et les détails. Les lumières sont la plu­part du temps douces et l’ab­sence d’ef­fets spé­ci­aux et autres flashs per­me­t­tra d’é­pargn­er les yeux les plus sen­si­bles. Les musiques ren­for­cent très bien ce sen­ti­ment de con­fort visuel avec leurs ambiances tour à tour légères et jazzy, mélan­col­iques ou par moments, plus mys­térieuses. Sans oubli­er la petite ritour­nelle “This old man” qui, a défaut de générique offi­ciel, sera sou­vent sif­flotée par le lieu­tenant et dont le motif (la mélodie) servi­ra de base pour cer­tains génériques de fin d’épisode. Les per­son­nes souf­frant de sen­si­bil­ités sen­sorielles seront égale­ment ravies de l’ab­sence de rafales de coups de feu et autres explo­sions à répéti­tion qui rem­plis­sent les ban­des son des séries poli­cières mod­ernes.

Nous pou­vons aus­si rajouter que plusieurs acteurs et actri­ces revien­dront au fil des épisodes pour incar­n­er le rôle du meur­tri­er ou d’un per­son­nage clé de l’in­trigue: Jack Cas­sidy, Robert Culp, Patrick McGoohan, William Shat­ner, Shera Danese, Tyne Daly… Une petite manie sup­plé­men­taire pour une série déjà bien rou­tinière. Au niveau du dou­blage, cer­taines voix revi­en­nent fréquem­ment (j’ai per­son­nelle­ment quelques voix favorites) et bien sûr, la voix de Serge Sauvion qui dou­ble Peter Falk (qui joue le lieu­tenant Colum­bo pour ceux qui ne con­naî­traient vrai­ment pas) est recon­naiss­able entre mille et reste inou­bli­able.  😀

 

UNE VIOLENCE LIMITEE AU STRICT MINIMUM

Le lieutenant Colombo interroge Santini au restaurant.

Comme nous l’avons vu, la sérié n’est pas un block­buster améri­cain. Le lieu­tenant Colum­bo n’est pas très sportif, ne sait pas nag­er, est sujet au ver­tige, au mal de mer et de l’air: des maux qui sont loin d’être les qual­ités req­ui­s­es pour enchaîn­er cours­es pour­suites et cas­cades mus­clées en tous gen­res. D’ailleurs, il déteste les armes à feu et ne porte jamais la sienne sur lui. Il s’arrange même pour qu’un de ses col­lègues le rem­place lors des séances de tirs oblig­a­toires afin de pou­voir con­serv­er sa licence et ne pas être relevé de ses fonc­tions au sein de la police de Los Ange­les. Heureuse­ment pour lui, il est rare que ses sus­pects se com­por­tent de manière impul­sive.

Le meur­tri­er est en général un mem­bre de la haute société, poli, intel­li­gent et capa­ble de garder son sang froid en toutes cir­con­stances: même si les irrup­tions du lieu­tenant Colom­bo à toute heure du jour ou de la nuit peut le par­fois pouss­er à l’ex­as­péra­tion, il est rare qu’on le voit s’emporter ver­bale­ment ou agir de manière vio­lente une fois le meurtre com­mis. Il arrive quelque­fois dans cer­tains épisodes que le tueur puisse récidiv­er pour se débar­rass­er d’un témoin gênant, mais chaque meurtre est com­mis d’une manière “pro­pre” et rapi­de, sans acharne­ment, bar­barie ou pro­jec­tions de litres d’hé­mo­glo­bine. Le lieu­tenant Colum­bo a d’ailleurs ten­dance à se sen­tir mal dès qu’il voit du sang et il évit­era les salles d’au­top­sie et scènes de meurtre trop dérangeantes. Et s’il manque de preuves solides pour coin­cer le meur­tri­er, il préfèr­era le piéger pour le pouss­er à avouer son crime par van­ité, repro­duire une par­tie du monde opéra­toire ou déplac­er l’arme du crime (ou autre preuve) dans un endroit incrim­i­nant, plutôt que de procéder à un inter­roga­toire mus­clé.

Il arrive cepen­dant qu’un sus­pect se sente sur le point d’être décou­vert et veuille élim­in­er le lieu­tenant Colom­bo, mais tou­jours d’une manière calme sans effu­sions de sang:

1 — Dans “Attente” (Sai­son 1 Episode 5), Beth Chad­wick le men­ace calme­ment avec son revolver mais Colum­bo garde son sang froid et parvient à la con­va­in­cre de se ren­dre sans vio­lence.

2 — Dans “Meurtre à la carte” (Sai­son 7 Episode 2), Paul Ger­ard ten­tera de le tuer en empoi­son­nant une bouteille de vin lors d’un repas qu’ils parta­gent. Colum­bo échang­era les ver­res et sauvera son sus­pect d’une mort cer­taine quand ce dernier voudra boire le verre qu’il croit être sûr.

3 — Dans “Jeux de mots” (Sai­son 7 Episode 4), le Dr Eric Mason ordon­nera à ses deux dober­mans (qu’ils avait dressés pour tuer sa pre­mière vic­time) d’at­ta­quer le lieu­tenant. Mal­heureuse­ment, Colum­bo avait fait repro­gram­mer leur com­porte­ment par une édu­ca­trice canine et les deux chiens se jet­tent sur lui pour le cou­vrir de léchouilles. 😀

4 — Dans “Il y a tou­jours un truc” (Sai­son 8 Episode 1), Colum­bo s’al­longe volon­taire­ment sous la guil­lo­tine, après avoir inver­sé en secret les éti­quettes de sécu­rité sur le sys­tème de fer­me­ture. Eliott Blake, fort heureuse­ment(!!!), ten­tera de le tuer en plaçant le sys­tème en posi­tion “Dan­ger”, croy­ant que la lame ne serait pas stop­pée.

5 — Dans “L’En­ter­re­ment de Madame Colum­bo” (Sai­son 9 Episode 4), Vivian Dim­itri essaiera égale­ment de l’élim­in­er en lui offrant un pot de con­fi­ture empoi­son­née. Lorsqu’ils pren­dront le petit déje­uner ensem­ble, le lieu­tenant (qui a dev­iné la manœu­vre et rem­placé le pot entre temps) frein­dra un malaise afin de la faire avouer alors que ses col­lègues sont à l’é­coute dans la pièce voi­sine.

6 — Dans “Face à face” (Sai­son 12 Episode 3), Field­ing Chase se croy­ant seul en mon­tagne avec Colum­bo voudra le tuer avec son arme mais une équipe de police était prête à inter­venir au sig­nal du lieu­tenant.

 

UNE SERIE QUI NE MANQUE PAS D’HUMOUR

Le lieutenant Columbo roulant dans sa voiture, une peugeot 403.

La série Colum­bo fait une grande place à l’hu­mour avec une préférence toute par­ti­c­ulière pour le comique de sit­u­a­tion, plutôt que de jouer sur le sec­ond degré ou les blagues que les per­son­nes TSA peu­vent avoir par­fois du mal à com­pren­dre. Le style ves­ti­men­taire du lieu­tenant est sou­vent cri­tiqué ou moqué par les gens qu’il côtoie, cer­tains le pren­dront pour un ouvri­er de main­te­nance, voire même un sans-abri! [4] Quand sa femme lui en achètera un nou­v­el imper­méable, il fera tout pour s’en débar­rass­er tant il le trou­ve incon­fort­able et remet­tre l’an­cien auquel il est habitué. [5] Nous voyons ici que le lieu­tenant Colum­bo a lui aus­si quelques sen­si­bil­ités sen­sorielles. ^^

Il con­duit une vieille voiture, une Peu­geot 403 qu’il présente comme une voiture de col­lec­tion mal­gré le fait qu’il n’en prenne pas soin du tout. Etant dis­trait et plutôt radin, il rechigne à pay­er des frais de répa­ra­tions et le véhicule se dégradera au fil du temps: essuie-glaces man­quants, feux qui ne fonc­tion­nent plus, por­tières qui grin­cent ou restent coincées… Le sys­tème de freinage n’est pas tou­jours effi­cace et il lui arrive sou­vent de taper les trot­toirs et les murs quand il se gare. Dans les dernières saisons, le moteur mon­tr­era de sérieux signes de faib­lesse en peinant à accélér­er, pétaradant et fumant ter­ri­ble­ment sous l’ef­fort que lui demande la mon­tée de la moin­dre côte. 😀 Le lieu­tenant Colum­bo est si radin qu’au moment de faire son plein d’essence, il demande au pom­p­iste de con­tin­uer de rajouter du car­bu­rant au fur et à mesure qu’il retrou­ve des pièces de mon­naie dans ses poches, avant de le stop­per pré­cipi­ta­m­ment car il ne pour­ra pas pay­er plus! M. Bren­ner, témoin de la scène lui fera pass­er un bil­let de 10 dol­lars. [6] Il n’hésit­era pas non plus à récupér­er tout ce qui est gra­tu­it, surtout si cela se mange: il pioche sans hésiter des amuse-gueules lors des récep­tions, se sert dans les boites de choco­lats lorsqu’il rend vis­ite aux gens chez eux et ne refuse (presque) jamais un cig­a­re de qual­ité qu’on lui offre. 🙂

Comme nous l’avons déjà dit, le lieu­tenant Colum­bo est un homme non seule­ment dis­trait, mais aus­si très curieux et mal­adroit. Quand il aperçoit un objet pré­cieux ou une oeu­vre d’art, il se pré­cip­ite pour s’en saisir et l’ex­am­in­er de plus près, sous le regard inqui­et de leur pro­prié­taire qui s’empressent de le/la lui retir­er des mains. Il se perd sou­vent après qu’on lui ait indiqué son chemin et n’hésite pas à se met­tre dans des posi­tions bizarres à la vue de tous pour véri­fi­er une petite chose ou pour réfléchir. Plusieurs scènes met­tent aus­si en avant ses pho­bies du sang ou ses trou­bles sen­soriels (ver­tige, mal de mer…) pour créer un effet comique. Cepen­dant, la série ne se per­met jamais de véri­ta­ble­ment présen­ter ses com­porte­ments et traits atyp­iques de manière néga­tive: le lieu­tenant Colum­bo n’en ressor­ti­ra que plus sym­pa­thique et attachant à cha­cune de ses “mal­adress­es”.

Et qui dit Colum­bo dit bien enten­du Madame Colum­bo. Comme elle est une grande admi­ra­trice des célébrités chez qui enquête son mari, ce dernier leur deman­dera sou­vent un auto­graphe. Quand on lui deman­dera son prénom, il répon­dra: “Madame Colum­bo” (Il fera de même avec son pro­pre prénom quand on le lui deman­dera: “Lieu­tenant”). Il par­le très sou­vent de sa femme mais on ne la voit jamais. Ce gag récur­rent a finit par faire douter cer­tains téléspec­ta­teurs de son exis­tence, mais plusieurs per­son­nes sem­blent la con­naître dont le toi­let­teur de son chien à qui elle a demandé de rajouter un sup­plé­ment pédi­cure qu’il n’avait pas prévue de pay­er et on le voit égale­ment lui par­ler au télé­phone alors qu’il est seul dans la pièce. Le lieu­tenant ne sem­blant pas atteint de trou­ble psy­cho­tique, il n’a aucune rai­son de dis­cuter avec une per­son­ne imag­i­naire! ^^

Et bien évidem­ment, il y a le fameux “Oh encore une dernière chose…” au moment où il se décide enfin à par­tir et sur­prend à nou­veau son sus­pect qui se sen­tait hélas trop vite soulagé d’en être enfin débar­rassé! Les scènes avec Le Chien sont aus­si très comiques, mais nous y revien­drons par la suite.

 

UN PERSONNAGE NEUROATYPIQUE OBSEDE PAR LES DETAILS

Le lieutenant Columbo appuyé sur la portière de sa voiture dans Criminologie Appliquée.

 

Colum­bo est un per­son­nage attachant, sim­ple et poli. Il ne cherche jamais à rabaiss­er les gens même quand il sait qu’il a trou­vé la preuve irréfutable pour arrêter ses sus­pects. Comme il le dit lui-même:” Il m’ar­rive de sym­pa­this­er avec cer­tains d’en­tre eux et même d’éprou­ver du respect, non pas pour leur crime, mais pour une par­tie d’eux-mêmes comme leur intel­li­gence ou leur gen­til­lesse. Car il y a de la gen­til­lesse en cha­cun de nous, même les crim­inels.” [7] Il a cepen­dant de gross­es dif­fi­cultés à se pli­er aux codes soci­aux, n’hési­tant pas à couper la parole de ses inter­locu­teurs, à venir déranger sus­pects et témoins sans prévenir pour leur pos­er des ques­tions et se per­met sou­vent de se promen­er dans des espaces privés pen­dant qu’il attend son hôte à l’en­trée. Il se per­met de fumer dans des endroits où cela ne serait pas con­ven­able (bureau ou domi­cile d’un sus­pect ou témoin) et l’on lui défend sou­vent de le faire. Il a la fâcheuse manie de laiss­er tomber des cen­dres un peu partout (bien que les lois rel­a­tive­ment à la san­té publique n’ex­is­taient pas à l’époque). Il a la bougeotte et se lève par­fois pen­dant les repas, passe son temps à faire des aller-retours quand il réflé­chit et passe son temps à tripot­er quelque chose entre ses doigts ou à mâchouiller ses cig­a­res quand ils sont éteints. Il lui arrive fréquem­ment de racon­ter des anec­dotes famil­iales aux per­son­nes qu’il ren­con­tre, sans se ren­dre for­cé­ment compte qu’elles n’en n’ont absol­u­ment rien à faire.

Un rien suf­fit à le dis­traire: alors qu’il inter­roge un sus­pect ou un témoin, son atten­tion se fixe très sou­vent sur des élé­ments du décor qu’il s’empresse d’aller regarder de plus près en posant des tas de ques­tions à leur sujet. Le lieu­tenant Colum­bo a des trou­bles de l’at­ten­tion très pronon­cés, au point de per­dre fréquem­ment son car­net de note ou ses crayons qu’il tente de retrou­ver dans ses poche sans tou­jours y par­venir. Il dira lui même qu’il a besoin de tout not­er pour ne pas oubli­er les choses. Il lui arrive même d’ou­bli­er la présence des gens autour de lui quand il réflé­chit: ils les lais­sent plan­tés sur place, sou­vent avec un objet lourd dans les mains qu’il leur a demandé de tenir avant de porter son atten­tion ailleurs. Il n’est pas non plus très à jour au niveau de ses doc­u­ments offi­ciels qu’il doit faire renou­vel­er et qu’il oublie sou­vent de récupér­er ensuite car il est par­tie véri­fi­er un détail qui lui est soudaine­ment revenu en mémoire.

Colum­bo a aus­si ses petites rou­tines dont il a beau­coup de mal à se défaire. Par tous temps, il porte son imper­méable, alors qu’il vit à Los Ange­les (même en plein été quand les gens sont en tee-shirts et en short!) et ne daigne l’en­lever qu’en de rares occa­sions, soi parce qu’une tenue pus cor­recte est exigée lors d’une invi­ta­tion à dîn­er, soi parce qu’il reste au bureau toute la nuit et ressent le besoin de se met­tre à l’aise. Il gardera d’ailleurs la même tenue ves­ti­men­taire dans son inté­gral­ité tout au long de la série. Le lieu­tenant n’aime pas le change­ment et con­serve sa vieille voiture qui devient peu à une une vraie épave qui lui cause de nom­breux soucis et tombe sou­vent en panne. Il mange la même chose tous les jours: un bol de chili con carne, un jour avec des hari­cots, un jour sans, pour vari­er. 😀 [8] Il a l’habi­tude de broy­er des crack­ers sur son chili car c’est selon lui ce qui fait tout le goût du plat. Ce régime ali­men­taire très sélec­tif sem­ble avoir des con­séquences sur sa san­té (trou­bles diges­tifs et cholestérol), si bien qu’il racon­te lui même que sa femme lui dit que le chili fini­ra par le tuer. S’il n’a pas eu le temps de pren­dre son petit déje­uner, il emportera des oeufs durs qui lui servi­ront de coupe-faim. Dans “Le spé­cial­iste” (Sai­son 6 Episode 2), il en cassera d’ailleurs les coquilles directe­ment sur l’arme du crime, devant ses col­lègues de tra­vail! XD

Mais la vraie force de Colum­bo est son obses­sion pour les détails. L’air de rien, il observe là où per­son­ne n’a pen­sé trou­ver quelque chose d’im­por­tant, analyse les mou­ve­ments et les paroles des témoins et sus­pects, et s’empresse de tout not­er pour ne pas oubli­er. Il y a tou­jours un petit détail qui le chif­fonne et qui l’empêche régulière­ment de dormir tant qu’il n’a pas trou­ver l’ex­pli­ca­tion logique. Sous ses airs naïfs, il cache un niveau de réflex­ion très poussé qui lui per­met de rivalis­er avec les assas­sins les plus intel­li­gents et à finir par recon­stituer le plan qu’ils ont util­isé pour com­met­tre leur crime. Un cerveau qui ne s’ar­rête jamais qui rap­pellera le quo­ti­di­en de beau­coup de per­son­nes TSA (mais pas qu’elles!). Cette intel­li­gence en arbores­cence lui per­me­t­tra égale­ment de ne pas penser de manière linéaire et de réus­sir recon­necter toutes les petites preuves et détails dis­parates en un tout cohérent.

Con­traire­ment à une croy­ance très répan­due, bien que le lieu­tenant Colum­bo soit par­faite­ment con­scient que son com­porte­ment puisse le faire pass­er pour naïf et désor­don­né auprès des sus­pects qu’il inter­roge, cela ne sem­ble pas être une façade puisqu’il se com­porte de la même façon avec des col­lègues ou quand il est seul. Dans “Eaux Trou­bles” (Sai­son 4 Episode 4), il passera d’ailleurs une bonne par­tie de l’épisode à agir de la sorte alors qu’au­cun crime n’a encore été com­mis. Mais comme nous l’avons dit plus haut, le per­son­nage reste réal­iste, loin d’une car­i­ca­ture comme pour­rait l’être par exem­ple Adri­an Monk (de la série euh?… Monk ^^) avec ses 312 pho­bies con­nues. [9]

 

UN AMOUR INCONDITIONNEL POUR SON ANIMAL DE COMPAGNIE

Le lieutenant Columbo et son basset hound appelé Le Chien.

 

Un point dans lequel je pense beau­coup de per­son­nes autistes se recon­naîtront: Le lieu­tenant Colum­bo pos­sède un chien (un bas­set hound) auquel il voue une ten­dresse sans lim­ite. L’an­i­mal n’est pour­tant pas des plus com­modes: il n’est absol­u­ment pas méchant mais il ne se mon­tre pas du tout coopératif. Il ne n’obéit à aucun ordre de son maître et ne sem­ble réa­gir à aucun nom par lequel on l’ap­pelle, si bien que Colum­bo et sa femme se con­tentent de l’ap­pel­er tout sim­ple­ment “Le Chien”. Il n’est pas non plus très act­if, il passe la plu­part de son temps vautré par terre ou sur un des siège de la voiture et le lieu­tenant doit le porter pour le déplac­er s’il a décidé qu’il ne bougerait pas. Le lieu­tenant est très inqui­et dès qu’il détecte un change­ment anodin dans son com­porte­ment et n’hésite pas à l’emmener chez le vétéri­naire dès qu’il a le moin­dre doute sur sa san­té. Il est égale­ment très choyé: Madame Colum­bo sem­ble l’en­voy­er régulière­ment chez le toi­let­teur et le lieu­tenant le récom­pense sou­vent avec des petites sucreries, même s’il ne fait rien de spé­cial pour les mérit­er. D’après Colum­bo, Le Chien aime regarder la télévi­sion et la mer, car cela le calme (bien qu’à son niveau de stress, cela devrait sûre­ment sig­ni­fi­er qu’il s’en­dorme ^^’).

Même si l’an­i­mal ne fait que de rares appari­tions, ces scènes ont tou­jours un côté très comique: Dans “Jeux de mots” (Sai­son 7 épisode 4), le lieu­tenant deman­dera à la dresseuse du club canin s’il est pos­si­ble de dress­er n’im­porte quel chien à l’at­taque car sa femme est sou­vent seule à la mai­son avec leur ani­mal et qu’ils aimeraient en faire un chien de garde. Elle répon­dra: “Oui, à con­di­tion qu’il soit intel­li­gent”. Après une démon­stra­tion peu con­clu­ante des capac­ités du bas­set hound à com­pren­dre les ordres, elle fini­ra par lui con­seiller pour la sécu­rité de sa femme qu’elle se mette plutôt à appren­dre le karaté. XD

Le chien n’aime pas rester seul dans la voiture: dès que son maître s’en va, il se met à aboy­er jusqu’à ce qu’il revi­enne. Cela fini­ra par lui pass­er et Colum­bo lui con­fi­ra sou­vent la garde de la voiture en son absence, bien qu’il doute de ses capac­ités à réelle­ment repouss­er le moin­dre voleur. Dans “Grandes manœu­vres et petits sol­dats” (Sai­son 8 Episode 4), lorsqu’il devra s’ab­sen­ter pour inter­roger un témoin, nous assis­terons même à une preuve d’amour incon­di­tion­nelle:

” Ecoute-moi bien Le Chien, écoute ce que je vais te dire. Tu vas garder la voiture. Tiens je t’a­vance un sucre. Si quand je reviens la voiture est tou­jours là, tu auras un autre sucre. Si la voiture est plus là, je te donne un autre sucre quand même parce que je t’adore.” [10]

 

NOTES ET REFERENCES

Cliquez à nou­veau sur les chiffres pour repren­dre la lec­ture où vous l’avez lais­sée…

 

[1] La chaîne TMC arrive encore de nos jours à attir­er entre 500 000 et 1 mil­lion de spec­ta­teurs par épisode chaque same­di soir en prime time. Leur ten­ta­tive de rem­place­ment début 2026 par la série Monk fut un cuisant échec.

[2] Le con­cept du “How­catchem” (Com­ment vont-ils les attrap­er?) en oppo­si­tion au “Who­dun­nit” (Qui est le coupable?). Il est impor­tant de rap­pel­er que la série n’a rien inven­té, mais a pop­u­lar­isé le genre qui ren­con­tr­era un suc­cès au delà des espérances pes­simistes des directeurs de la chaîne NBC qui la dif­fu­sait à l’époque.

[3] Après une unique appari­tion dans un télé­film en 1960 (“Enough Rope”, avec Bert Freed dans le rôle prin­ci­pal), le per­son­nage de Colum­bo a d’abord ren­con­tré le suc­cès au théâtre dans la pièce “Pre­scrip­tion: Mur­der” où le lieu­tenant était joué par l’ac­teur Thomas Mitchell. La pre­mière représen­ta­tion a eu lieu au Cur­ran The­ater de San Fran­cis­co le 2 jan­vi­er 1962 avant d’en­tamer une tournée de 25 semaines.

[4] Dans “Réac­tion néga­tive” (Sai­son 4 Episode 2), à 00:37:15, il entre à la soupe pop­u­laire pour inter­roger un témoin sans-abri et une des religieuse l’in­vite à pren­dre un repas et part lui chercher un nou­veau man­teau pour rem­plac­er son vieil imper­méable. Quand il lui annon­cera être offici­er de police, elle pensera qu’il s’est déguisé en clochard pour rester incog­ni­to. XD

[5] Dans “Tout n’est qu’il­lu­sion” (Sai­son 5 Episode 5), à 00:22:10, il appa­raî­tra à l’écran avec son nou­v­el imper­méable, mal à l’aise et le retir­era à 00:26:15 car il lui serre de partout et qu’il n’ar­rive pas à se con­cen­tr­er. A 00:29:20, Il l’ou­bliera volon­taire­ment mais on le lui sig­nalera et il le repren­dra à con­trecœur. A  00:37:25, le ser­gent Wil­son lui rap­portera son man­teau “qu’il a oublié à la cafétéria”. Enfin, à 01:05:00, il le lais­sera dans sa voiture sous la sur­veil­lance de son chien à qui il dira que si quelqu’un vient pour le vol­er, qu’il le laisse faire. ^^

[6] Dans “Jeu d’i­den­tité” (Sai­son 5 Episode 3), à 01:09:30.

[7] Dans “Le mys­tère de la cham­bre forte” (Sai­son 7 Episode 1), à 00:17:20, lors d’une con­férence de Abi­gail Mitchell qui l’in­vite à partager son expéri­ence de polici­er avec le pub­lic.

[8] Mais étant d’un naturel très gour­mand, il ne refusera jamais de goûter à des plats chers quand on les lui pro­pose. 🙂

[9] On peut vrai­ment se deman­der com­ment avec autant de pho­bies, Monk arrive encore à sor­tir de chez lui… Si on les met de côté, le per­son­nage sem­ble davan­tage se rap­procher d’un pro­fil TSA.

[10] Sans aucun doute ma scène préférée de toute la série. :’)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *