Columbo est une série qu’on ne présente plus tant elle a marqué son époque dans les années 1970 et qui continue de faire de remarquables scores d’audience lors de ses rediffusions télévisées [1] face aux séries policières modernes, dont certaines directement inspirées des aventures du célèbre détective. Malgré son ancienneté, la série continue de leur tenir tête grâce à une écriture soignée, intelligente et surtout réaliste. Quand la plupart des autres séries du genre nous présentent des personnages tous plus stéréotypés les uns que les autres et doté de capacités (ou particularités) presque surhumaines (ils savent tout, sont experts en tout, lisent dans les pensées et ne se trompent jamais au sein d’une équipe d’enquêteurs parfaitement incompétente…), Columbo nous faire suivre le quotidien d’un simple flic mal payé, qui ne peut pas compter sur des méthodes d’analyse ADN inconnues à l’époque et doit se confronter à des gens de la haute société comme des avocats, psychiatres, hommes politiques, célébrités… Des gens qui ont suffisamment d’intelligence et de moyens financiers pour croire avoir commis le meurtre parfait et assez de pouvoir et de relations pour faire pression sur les services de police si leur alibi venait à se fragiliser dangereusement. Le lieutenant part donc perdant et va devoir travailler plus dur s’il veut avoir une chance de réussir.
Comme il le dit si bien dans “Les surdoués” (Saison 6 Episode 3): “Toute ma vie je me suis retrouvé en face de gens d’exception. Je ne parle pas seulement de gens comme vous ou comme ceux de votre club (de surdoués, 150 de qi minimum pour y être admis)… Non non, vous voyez ce que je veux dire… A l’école déjà j’avais des tas d’amis intelligents. Puis quand je me suis engagé dans la police active, là encore je me suis retrouvé confronté à des gens qui me dépassaient. Et j’ai bien vite compris que j’aurais des difficultés à devenir inspecteur avec une telle concurrence. Alors je me suis dit que si je travaillais plus fort qu’eux, si je passais davantage de temps penché sur mes livres et à ouvrir tout grand mes yeux, j’aurais peut-être une petite chance. Et j’ai gagné… Et je dois dire que j’aime bien mon métier…”
Columbo est tenace. Il sait qu’il a des défauts et des lacunes, mais il ne lâchera rien. S’il doit passer toute la nuit à apprendre comment fonctionne un système qui lui est inconnu afin de prouver comment le tueur a pu s’en servir pour élaborer son plan, il ne dormira pas de la nuit. Il sait qu’il est différent et qu’il devra subir les remarques, les moqueries et même la condescendent des autres s’il veut arriver à clôturer son enquête avec succès. Cette façon de penser n’est pas sans rappeler le quotidien de millions de personnes à travers le monde qui ne sont pas nées avec les mêmes capacités et qui doivent chaque jour se battre plus fort que les autres pour réussir à les égaler: les personnes qui présentent des traits du spectre du trouble autistique (ou une autre forme de neuroatypie, trouble de la personnalité et/ou handicap physique ou mental).
Comme Columbo, les personnes neuroatypiques et plus particulièrement les personnes autistes rencontrent des difficultés au niveau social et professionnel. Comme ces troubles sont difficiles à repérés, la grande majorité devra se débrouiller comme elle peut pour s’en sortir dans un monde dont les codes ne lui sont pas connus. Et redoubler d’efforts pour se fondre dans la masse en imitant du mieux qu’elle le peut des comportements et des réactions que la majorité de la population a acquis de façon naturelle de par un fonctionnement cognitif neurotypique.
Les principaux critères diagnostics des Troubles du Spectre de l’Autisme sont:
1 — Les difficultés dans les relations sociales: problème avec le contact visuel, le langage implicite et corporel, la réciprocité sociale et émotionnelle, problème à entretenir des relations, comportements inappropriés en société…
2 — Les comportements et intérêts restreints et répétitifs: gestes stéréotypés, centres d’intérêts et activités très spécifiques et intenses, une intolérance au changement et aux imprévus…
Nous pouvons aussi rajouter à cela des difficultés sensorielles comme une hypersensibilité aux lumières vives, une hyperacousie qui rend les bruits vite intolérables ou une hypersensibilité tactile qui rend le contact avec certaines matières particulièrement désagréable… Chaque personne étant unique, ces traits spécifiques sont présents à différents niveaux de sévérité et se révèlent plus ou moins handicapants selon chaque cas personnel. Les personnes autistes sont souvent très anxieuses et aiment mettre en place des routines pour se créer un environnement rassurant et ont tendance à analyser le monde qui les entoure dans les moindres détails pour comprendre et anticiper chaque imprévu du mieux qu’elles le peuvent..
En prenant en compte toutes ces particularités, nous allons voir en quoi la série Columbo peut être un programme particulièrement adapté pour les individus TSA, mais il est bien évident que toute personne neurotypique peut aussi en apprécier les qualités. ^^
UNE STRUCTURE PREVISIBLE ET UN RYTHME APAISANT

Quand la série est arrivée sur les écrans en 1968, elle proposait un concept novateur qui allait à l’encontre de toutes les séries policières avant elle: on connaît le meurtrier dès le départ.[2] Chaque épisode suit une structure codifiée qui ne changera pratiquement jamais au fil des saisons. L’histoire commence par mettre en avant le meurtrier: on le voit planifier et organiser méthodiquement son assassinat, attirer sa victime dans un lieu isolé avant de passer à l’acte, puis effacer toute trace de sa présence sur les lieux et repartir profiter des fruits de son crime. Toute l’intérêt de la série ne repose donc pas sur le suspense ou l’action, mais sur la façon dont le lieutenant Columbo va réussir à coincer son assassin. On ne le verra apparaître en moyenne à l’écran qu’au bout de 15 à 30 minutes lors de son arrivée sur la scène de crime. Après avoir interrogé ses collègues de la police et la personne ayant découvert le corps, un détail le fera rapidement porter son attention sur un suspect idéal qu’il suivra partout jusqu’à réussir à le confondre. Comme il le dira lors de sa conférence face à des étudiants dans “Criminologie Appliquée” (Saison 10 Episode 1): “Je travaille surtout avec mon flair. Une fois que je suis sur une piste, je ferai à peu près n’importe quoi pour coincer mon assassin… Un policier doit apprendre à être patient: très important…” Et Colombo n’hésitera pas à prendre le temps pour réunir les preuves nécessaires tout en cherchant à faire craquer son suspect à l’usure.
Car contrairement aux séries modernes qui enchaînent les courses poursuites et les mouvements de caméra rapides, la série Columbo privilégie les plans fixes sur une longue durée. Nous ne regardons pas une série d’action, mais une série basée sur la réflexion et l’affrontement psychologique entre le lieutenant et ses suspects. On pourrait la rapprocher d’une partie d’échec entre deux adversaires qui s’affrontent dans les décors fixes d’une pièce de théâtre.[3] Les lieux qu’il visitera dans chaque épisode seront relativement limités en nombre: en général, il fera essentiellement des aller-retours entre la scène du crime, le domicile ou bureau du patient et se rendra parfois dans un restaurant ou une boutique pour manger ou obtenir des informations. Ainsi, même les décors constituent une routine reposante permettant de focaliser son attention sur l’histoire et les détails. Les lumières sont la plupart du temps douces et l’absence d’effets spéciaux et autres flashs permettra d’épargner les yeux les plus sensibles. Les musiques renforcent très bien ce sentiment de confort visuel avec leurs ambiances tour à tour légères et jazzy, mélancoliques ou par moments, plus mystérieuses. Sans oublier la petite ritournelle “This old man” qui, a défaut de générique officiel, sera souvent sifflotée par le lieutenant et dont le motif (la mélodie) servira de base pour certains génériques de fin d’épisode. Les personnes souffrant de sensibilités sensorielles seront également ravies de l’absence de rafales de coups de feu et autres explosions à répétition qui remplissent les bandes son des séries policières modernes.
Nous pouvons aussi rajouter que plusieurs acteurs et actrices reviendront au fil des épisodes pour incarner le rôle du meurtrier ou d’un personnage clé de l’intrigue: Jack Cassidy, Robert Culp, Patrick McGoohan, William Shatner, Shera Danese, Tyne Daly… Une petite manie supplémentaire pour une série déjà bien routinière. Au niveau du doublage, certaines voix reviennent fréquemment (j’ai personnellement quelques voix favorites) et bien sûr, la voix de Serge Sauvion qui double Peter Falk (qui joue le lieutenant Columbo pour ceux qui ne connaîtraient vraiment pas) est reconnaissable entre mille et reste inoubliable. 😀
UNE VIOLENCE LIMITEE AU STRICT MINIMUM

Comme nous l’avons vu, la sérié n’est pas un blockbuster américain. Le lieutenant Columbo n’est pas très sportif, ne sait pas nager, est sujet au vertige, au mal de mer et de l’air: des maux qui sont loin d’être les qualités requises pour enchaîner courses poursuites et cascades musclées en tous genres. D’ailleurs, il déteste les armes à feu et ne porte jamais la sienne sur lui. Il s’arrange même pour qu’un de ses collègues le remplace lors des séances de tirs obligatoires afin de pouvoir conserver sa licence et ne pas être relevé de ses fonctions au sein de la police de Los Angeles. Heureusement pour lui, il est rare que ses suspects se comportent de manière impulsive.
Le meurtrier est en général un membre de la haute société, poli, intelligent et capable de garder son sang froid en toutes circonstances: même si les irruptions du lieutenant Colombo à toute heure du jour ou de la nuit peut le parfois pousser à l’exaspération, il est rare qu’on le voit s’emporter verbalement ou agir de manière violente une fois le meurtre commis. Il arrive quelquefois dans certains épisodes que le tueur puisse récidiver pour se débarrasser d’un témoin gênant, mais chaque meurtre est commis d’une manière “propre” et rapide, sans acharnement, barbarie ou projections de litres d’hémoglobine. Le lieutenant Columbo a d’ailleurs tendance à se sentir mal dès qu’il voit du sang et il évitera les salles d’autopsie et scènes de meurtre trop dérangeantes. Et s’il manque de preuves solides pour coincer le meurtrier, il préfèrera le piéger pour le pousser à avouer son crime par vanité, reproduire une partie du monde opératoire ou déplacer l’arme du crime (ou autre preuve) dans un endroit incriminant, plutôt que de procéder à un interrogatoire musclé.
Il arrive cependant qu’un suspect se sente sur le point d’être découvert et veuille éliminer le lieutenant Colombo, mais toujours d’une manière calme sans effusions de sang:
1 — Dans “Attente” (Saison 1 Episode 5), Beth Chadwick le menace calmement avec son revolver mais Columbo garde son sang froid et parvient à la convaincre de se rendre sans violence.
2 — Dans “Meurtre à la carte” (Saison 7 Episode 2), Paul Gerard tentera de le tuer en empoisonnant une bouteille de vin lors d’un repas qu’ils partagent. Columbo échangera les verres et sauvera son suspect d’une mort certaine quand ce dernier voudra boire le verre qu’il croit être sûr.
3 — Dans “Jeux de mots” (Saison 7 Episode 4), le Dr Eric Mason ordonnera à ses deux dobermans (qu’ils avait dressés pour tuer sa première victime) d’attaquer le lieutenant. Malheureusement, Columbo avait fait reprogrammer leur comportement par une éducatrice canine et les deux chiens se jettent sur lui pour le couvrir de léchouilles. 😀
4 — Dans “Il y a toujours un truc” (Saison 8 Episode 1), Columbo s’allonge volontairement sous la guillotine, après avoir inversé en secret les étiquettes de sécurité sur le système de fermeture. Eliott Blake, fort heureusement(!!!), tentera de le tuer en plaçant le système en position “Danger”, croyant que la lame ne serait pas stoppée.
5 — Dans “L’Enterrement de Madame Columbo” (Saison 9 Episode 4), Vivian Dimitri essaiera également de l’éliminer en lui offrant un pot de confiture empoisonnée. Lorsqu’ils prendront le petit déjeuner ensemble, le lieutenant (qui a deviné la manœuvre et remplacé le pot entre temps) freindra un malaise afin de la faire avouer alors que ses collègues sont à l’écoute dans la pièce voisine.
6 — Dans “Face à face” (Saison 12 Episode 3), Fielding Chase se croyant seul en montagne avec Columbo voudra le tuer avec son arme mais une équipe de police était prête à intervenir au signal du lieutenant.
UNE SERIE QUI NE MANQUE PAS D’HUMOUR

La série Columbo fait une grande place à l’humour avec une préférence toute particulière pour le comique de situation, plutôt que de jouer sur le second degré ou les blagues que les personnes TSA peuvent avoir parfois du mal à comprendre. Le style vestimentaire du lieutenant est souvent critiqué ou moqué par les gens qu’il côtoie, certains le prendront pour un ouvrier de maintenance, voire même un sans-abri! [4] Quand sa femme lui en achètera un nouvel imperméable, il fera tout pour s’en débarrasser tant il le trouve inconfortable et remettre l’ancien auquel il est habitué. [5] Nous voyons ici que le lieutenant Columbo a lui aussi quelques sensibilités sensorielles. ^^
Il conduit une vieille voiture, une Peugeot 403 qu’il présente comme une voiture de collection malgré le fait qu’il n’en prenne pas soin du tout. Etant distrait et plutôt radin, il rechigne à payer des frais de réparations et le véhicule se dégradera au fil du temps: essuie-glaces manquants, feux qui ne fonctionnent plus, portières qui grincent ou restent coincées… Le système de freinage n’est pas toujours efficace et il lui arrive souvent de taper les trottoirs et les murs quand il se gare. Dans les dernières saisons, le moteur montrera de sérieux signes de faiblesse en peinant à accélérer, pétaradant et fumant terriblement sous l’effort que lui demande la montée de la moindre côte. 😀 Le lieutenant Columbo est si radin qu’au moment de faire son plein d’essence, il demande au pompiste de continuer de rajouter du carburant au fur et à mesure qu’il retrouve des pièces de monnaie dans ses poches, avant de le stopper précipitamment car il ne pourra pas payer plus! M. Brenner, témoin de la scène lui fera passer un billet de 10 dollars. [6] Il n’hésitera pas non plus à récupérer tout ce qui est gratuit, surtout si cela se mange: il pioche sans hésiter des amuse-gueules lors des réceptions, se sert dans les boites de chocolats lorsqu’il rend visite aux gens chez eux et ne refuse (presque) jamais un cigare de qualité qu’on lui offre. 🙂
Comme nous l’avons déjà dit, le lieutenant Columbo est un homme non seulement distrait, mais aussi très curieux et maladroit. Quand il aperçoit un objet précieux ou une oeuvre d’art, il se précipite pour s’en saisir et l’examiner de plus près, sous le regard inquiet de leur propriétaire qui s’empressent de le/la lui retirer des mains. Il se perd souvent après qu’on lui ait indiqué son chemin et n’hésite pas à se mettre dans des positions bizarres à la vue de tous pour vérifier une petite chose ou pour réfléchir. Plusieurs scènes mettent aussi en avant ses phobies du sang ou ses troubles sensoriels (vertige, mal de mer…) pour créer un effet comique. Cependant, la série ne se permet jamais de véritablement présenter ses comportements et traits atypiques de manière négative: le lieutenant Columbo n’en ressortira que plus sympathique et attachant à chacune de ses “maladresses”.
Et qui dit Columbo dit bien entendu Madame Columbo. Comme elle est une grande admiratrice des célébrités chez qui enquête son mari, ce dernier leur demandera souvent un autographe. Quand on lui demandera son prénom, il répondra: “Madame Columbo” (Il fera de même avec son propre prénom quand on le lui demandera: “Lieutenant”). Il parle très souvent de sa femme mais on ne la voit jamais. Ce gag récurrent a finit par faire douter certains téléspectateurs de son existence, mais plusieurs personnes semblent la connaître dont le toiletteur de son chien à qui elle a demandé de rajouter un supplément pédicure qu’il n’avait pas prévue de payer et on le voit également lui parler au téléphone alors qu’il est seul dans la pièce. Le lieutenant ne semblant pas atteint de trouble psychotique, il n’a aucune raison de discuter avec une personne imaginaire! ^^
Et bien évidemment, il y a le fameux “Oh encore une dernière chose…” au moment où il se décide enfin à partir et surprend à nouveau son suspect qui se sentait hélas trop vite soulagé d’en être enfin débarrassé! Les scènes avec Le Chien sont aussi très comiques, mais nous y reviendrons par la suite.
UN PERSONNAGE NEUROATYPIQUE OBSEDE PAR LES DETAILS

Columbo est un personnage attachant, simple et poli. Il ne cherche jamais à rabaisser les gens même quand il sait qu’il a trouvé la preuve irréfutable pour arrêter ses suspects. Comme il le dit lui-même:” Il m’arrive de sympathiser avec certains d’entre eux et même d’éprouver du respect, non pas pour leur crime, mais pour une partie d’eux-mêmes comme leur intelligence ou leur gentillesse. Car il y a de la gentillesse en chacun de nous, même les criminels.” [7] Il a cependant de grosses difficultés à se plier aux codes sociaux, n’hésitant pas à couper la parole de ses interlocuteurs, à venir déranger suspects et témoins sans prévenir pour leur poser des questions et se permet souvent de se promener dans des espaces privés pendant qu’il attend son hôte à l’entrée. Il se permet de fumer dans des endroits où cela ne serait pas convenable (bureau ou domicile d’un suspect ou témoin) et l’on lui défend souvent de le faire. Il a la fâcheuse manie de laisser tomber des cendres un peu partout (bien que les lois relativement à la santé publique n’existaient pas à l’époque). Il a la bougeotte et se lève parfois pendant les repas, passe son temps à faire des aller-retours quand il réfléchit et passe son temps à tripoter quelque chose entre ses doigts ou à mâchouiller ses cigares quand ils sont éteints. Il lui arrive fréquemment de raconter des anecdotes familiales aux personnes qu’il rencontre, sans se rendre forcément compte qu’elles n’en n’ont absolument rien à faire.
Un rien suffit à le distraire: alors qu’il interroge un suspect ou un témoin, son attention se fixe très souvent sur des éléments du décor qu’il s’empresse d’aller regarder de plus près en posant des tas de questions à leur sujet. Le lieutenant Columbo a des troubles de l’attention très prononcés, au point de perdre fréquemment son carnet de note ou ses crayons qu’il tente de retrouver dans ses poche sans toujours y parvenir. Il dira lui même qu’il a besoin de tout noter pour ne pas oublier les choses. Il lui arrive même d’oublier la présence des gens autour de lui quand il réfléchit: ils les laissent plantés sur place, souvent avec un objet lourd dans les mains qu’il leur a demandé de tenir avant de porter son attention ailleurs. Il n’est pas non plus très à jour au niveau de ses documents officiels qu’il doit faire renouveler et qu’il oublie souvent de récupérer ensuite car il est partie vérifier un détail qui lui est soudainement revenu en mémoire.
Columbo a aussi ses petites routines dont il a beaucoup de mal à se défaire. Par tous temps, il porte son imperméable, alors qu’il vit à Los Angeles (même en plein été quand les gens sont en tee-shirts et en short!) et ne daigne l’enlever qu’en de rares occasions, soi parce qu’une tenue pus correcte est exigée lors d’une invitation à dîner, soi parce qu’il reste au bureau toute la nuit et ressent le besoin de se mettre à l’aise. Il gardera d’ailleurs la même tenue vestimentaire dans son intégralité tout au long de la série. Le lieutenant n’aime pas le changement et conserve sa vieille voiture qui devient peu à une une vraie épave qui lui cause de nombreux soucis et tombe souvent en panne. Il mange la même chose tous les jours: un bol de chili con carne, un jour avec des haricots, un jour sans, pour varier. 😀 [8] Il a l’habitude de broyer des crackers sur son chili car c’est selon lui ce qui fait tout le goût du plat. Ce régime alimentaire très sélectif semble avoir des conséquences sur sa santé (troubles digestifs et cholestérol), si bien qu’il raconte lui même que sa femme lui dit que le chili finira par le tuer. S’il n’a pas eu le temps de prendre son petit déjeuner, il emportera des oeufs durs qui lui serviront de coupe-faim. Dans “Le spécialiste” (Saison 6 Episode 2), il en cassera d’ailleurs les coquilles directement sur l’arme du crime, devant ses collègues de travail! XD
Mais la vraie force de Columbo est son obsession pour les détails. L’air de rien, il observe là où personne n’a pensé trouver quelque chose d’important, analyse les mouvements et les paroles des témoins et suspects, et s’empresse de tout noter pour ne pas oublier. Il y a toujours un petit détail qui le chiffonne et qui l’empêche régulièrement de dormir tant qu’il n’a pas trouver l’explication logique. Sous ses airs naïfs, il cache un niveau de réflexion très poussé qui lui permet de rivaliser avec les assassins les plus intelligents et à finir par reconstituer le plan qu’ils ont utilisé pour commettre leur crime. Un cerveau qui ne s’arrête jamais qui rappellera le quotidien de beaucoup de personnes TSA (mais pas qu’elles!). Cette intelligence en arborescence lui permettra également de ne pas penser de manière linéaire et de réussir reconnecter toutes les petites preuves et détails disparates en un tout cohérent.
Contrairement à une croyance très répandue, bien que le lieutenant Columbo soit parfaitement conscient que son comportement puisse le faire passer pour naïf et désordonné auprès des suspects qu’il interroge, cela ne semble pas être une façade puisqu’il se comporte de la même façon avec des collègues ou quand il est seul. Dans “Eaux Troubles” (Saison 4 Episode 4), il passera d’ailleurs une bonne partie de l’épisode à agir de la sorte alors qu’aucun crime n’a encore été commis. Mais comme nous l’avons dit plus haut, le personnage reste réaliste, loin d’une caricature comme pourrait l’être par exemple Adrian Monk (de la série euh?… Monk ^^) avec ses 312 phobies connues. [9]
UN AMOUR INCONDITIONNEL POUR SON ANIMAL DE COMPAGNIE

Un point dans lequel je pense beaucoup de personnes autistes se reconnaîtront: Le lieutenant Columbo possède un chien (un basset hound) auquel il voue une tendresse sans limite. L’animal n’est pourtant pas des plus commodes: il n’est absolument pas méchant mais il ne se montre pas du tout coopératif. Il ne n’obéit à aucun ordre de son maître et ne semble réagir à aucun nom par lequel on l’appelle, si bien que Columbo et sa femme se contentent de l’appeler tout simplement “Le Chien”. Il n’est pas non plus très actif, il passe la plupart de son temps vautré par terre ou sur un des siège de la voiture et le lieutenant doit le porter pour le déplacer s’il a décidé qu’il ne bougerait pas. Le lieutenant est très inquiet dès qu’il détecte un changement anodin dans son comportement et n’hésite pas à l’emmener chez le vétérinaire dès qu’il a le moindre doute sur sa santé. Il est également très choyé: Madame Columbo semble l’envoyer régulièrement chez le toiletteur et le lieutenant le récompense souvent avec des petites sucreries, même s’il ne fait rien de spécial pour les mériter. D’après Columbo, Le Chien aime regarder la télévision et la mer, car cela le calme (bien qu’à son niveau de stress, cela devrait sûrement signifier qu’il s’endorme ^^’).
Même si l’animal ne fait que de rares apparitions, ces scènes ont toujours un côté très comique: Dans “Jeux de mots” (Saison 7 épisode 4), le lieutenant demandera à la dresseuse du club canin s’il est possible de dresser n’importe quel chien à l’attaque car sa femme est souvent seule à la maison avec leur animal et qu’ils aimeraient en faire un chien de garde. Elle répondra: “Oui, à condition qu’il soit intelligent”. Après une démonstration peu concluante des capacités du basset hound à comprendre les ordres, elle finira par lui conseiller pour la sécurité de sa femme qu’elle se mette plutôt à apprendre le karaté. XD
Le chien n’aime pas rester seul dans la voiture: dès que son maître s’en va, il se met à aboyer jusqu’à ce qu’il revienne. Cela finira par lui passer et Columbo lui confira souvent la garde de la voiture en son absence, bien qu’il doute de ses capacités à réellement repousser le moindre voleur. Dans “Grandes manœuvres et petits soldats” (Saison 8 Episode 4), lorsqu’il devra s’absenter pour interroger un témoin, nous assisterons même à une preuve d’amour inconditionnelle:
” Ecoute-moi bien Le Chien, écoute ce que je vais te dire. Tu vas garder la voiture. Tiens je t’avance un sucre. Si quand je reviens la voiture est toujours là, tu auras un autre sucre. Si la voiture est plus là, je te donne un autre sucre quand même parce que je t’adore.” [10]
NOTES ET REFERENCES
Cliquez à nouveau sur les chiffres pour reprendre la lecture où vous l’avez laissée…
[1] La chaîne TMC arrive encore de nos jours à attirer entre 500 000 et 1 million de spectateurs par épisode chaque samedi soir en prime time. Leur tentative de remplacement début 2026 par la série Monk fut un cuisant échec.
[2] Le concept du “Howcatchem” (Comment vont-ils les attraper?) en opposition au “Whodunnit” (Qui est le coupable?). Il est important de rappeler que la série n’a rien inventé, mais a popularisé le genre qui rencontrera un succès au delà des espérances pessimistes des directeurs de la chaîne NBC qui la diffusait à l’époque.
[3] Après une unique apparition dans un téléfilm en 1960 (“Enough Rope”, avec Bert Freed dans le rôle principal), le personnage de Columbo a d’abord rencontré le succès au théâtre dans la pièce “Prescription: Murder” où le lieutenant était joué par l’acteur Thomas Mitchell. La première représentation a eu lieu au Curran Theater de San Francisco le 2 janvier 1962 avant d’entamer une tournée de 25 semaines.
[4] Dans “Réaction négative” (Saison 4 Episode 2), à 00:37:15, il entre à la soupe populaire pour interroger un témoin sans-abri et une des religieuse l’invite à prendre un repas et part lui chercher un nouveau manteau pour remplacer son vieil imperméable. Quand il lui annoncera être officier de police, elle pensera qu’il s’est déguisé en clochard pour rester incognito. XD
[5] Dans “Tout n’est qu’illusion” (Saison 5 Episode 5), à 00:22:10, il apparaîtra à l’écran avec son nouvel imperméable, mal à l’aise et le retirera à 00:26:15 car il lui serre de partout et qu’il n’arrive pas à se concentrer. A 00:29:20, Il l’oubliera volontairement mais on le lui signalera et il le reprendra à contrecœur. A 00:37:25, le sergent Wilson lui rapportera son manteau “qu’il a oublié à la cafétéria”. Enfin, à 01:05:00, il le laissera dans sa voiture sous la surveillance de son chien à qui il dira que si quelqu’un vient pour le voler, qu’il le laisse faire. ^^
[6] Dans “Jeu d’identité” (Saison 5 Episode 3), à 01:09:30.
[7] Dans “Le mystère de la chambre forte” (Saison 7 Episode 1), à 00:17:20, lors d’une conférence de Abigail Mitchell qui l’invite à partager son expérience de policier avec le public.
[8] Mais étant d’un naturel très gourmand, il ne refusera jamais de goûter à des plats chers quand on les lui propose. 🙂
[9] On peut vraiment se demander comment avec autant de phobies, Monk arrive encore à sortir de chez lui… Si on les met de côté, le personnage semble davantage se rapprocher d’un profil TSA.
[10] Sans aucun doute ma scène préférée de toute la série. :’)