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Pourquoi les personnes neuroatypiques ont des positions bizarres

Enfant assis en position W fréquente chez les personnes neuroatypiques.

Il arrive à tout le monde de se plac­er par moments dans des posi­tions bizarres ou de mal se tenir. Pour les per­son­nes neu­rotyp­iques, s’af­faler sur une chaise ou s’ap­puy­er mal­adroite­ment con­tre un mur est une façon de réguler sa fatigue en relâchant les mus­cles de leur corps. Chez les per­son­nes neu­roatyp­iques (autisme, TSA, TDAH…), des prob­lèmes sen­soriels et une mau­vaise per­cep­tion de la posi­tion de leur corps dans l’e­space (pro­pri­o­cep­tion) les poussent sou­vent à adopter des posi­tions inhab­ituelles.  Ces dernières ser­vent prin­ci­pale­ment à s’au­to-stim­uler (stim­ming)[1] pour calmer le stress ou à réguler un trop plein d’én­ergie engen­dré par une expo­si­tion à des stim­u­lus trop forts (lumières, bruits…). Les per­son­nes TDAH ont aus­si sou­vent du mal à con­serv­er une posi­tion assise de manière pro­longée et ressen­tent le besoin d’en chang­er TRES régulière­ment.

De nom­breuses per­son­nes neu­ro­di­ver­gentes sont hyper­mo­biles: elles sont plus sou­ples et ressen­tent sou­vent plus de fatigue au niveau des artic­u­la­tions. Il leur est alors plus con­fort­able d’adopter des posi­tions leur per­me­t­tant d’étir­er leurs mem­bres et mieux répar­tir le poids de leur corps afin de réduire les douleurs et la fatigue. Voyons ici quelques posi­tions bizarres dans lesquelles se met­tre les per­son­nes autistes ou TDAH. Il est impor­tant de rap­pel­er que le fait d’adopter ces pos­tures peu­vent être des signes mais pas des critères de diag­nos­tic s’ils sont pris de manière isolée, et que tous les com­porte­ments atyp­iques restent avant tout par­faite­ment humains. C’est leur côté restreint et répéti­tif, asso­cié à d’autres traits spé­ci­fiques qui pour­ront ori­en­ter un pro­fes­sion­nel de san­té lors de la pose d’un diag­nos­tic de trou­ble du spec­tre autis­tique ou de trou­ble de l’at­ten­tion avec ou sans hyper­ac­tiv­ité. L’hy­per­mo­bil­ité est sou­vent ren­con­trée chez ce type de per­son­nes mais ne doit pas non plus en être classée comme une par­tic­u­lar­ité exclu­sive­ment liée aux trou­bles du développe­ment.

 

MARCHER SUR LA POINTE DES PIEDS

Enfant marchant sur la pointe des pieds autisme.

Il est tout à fait nor­mal que les jeunes enfants de moins de 3 ans marchent sur la pointe des pieds. Après avoir trou­vé leur équili­bre, ils posent naturelle­ment leur plante de pied sur le sol et adoptent pro­gres­sive­ment une démarche clas­sique. Les per­son­nes neu­roatyp­iques ont ten­dance à con­serv­er cette habi­tude passé cet âge. Leur hyper­sen­si­bil­ité peut ren­dre le con­tact de la plante des pieds sur le sol désagréable ou génér­er trop de stim­u­lus; réduire la sur­face de con­tact per­met donc de réguler ces sen­sa­tions. Cette façon de se déplac­er crée une ten­sion plus forte dans le mol­let et le ten­don d’Achille, qui peut amélior­er leur per­cep­tion de la posi­tion de leur corps dans l’e­space. La ten­sion dans la jambe et la pres­sion aug­men­tée sur le pied ren­dent aus­si l’ex­péri­ence plus stim­u­lante. Enfin, le nom­bre de mou­ve­ments à effectuer à chaque pas étant réduit, cela ren­force le côté répétitif/restreint de la marche qui apporte une sen­sa­tion de récon­fort aux per­son­nes ayant un trou­ble du spec­tre autis­tique.

 

POSITION DES BRAS EN T‑REX

Personne autiste et tdah tenant ses bras en position de T-Rex.

Les per­son­nes neu­ro­di­ver­gentes ont par­fois une façon assez atyp­ique de plac­er leurs bras: les coudes repliés con­tre le corps et les poignets cassés, les doigts relâchés vers le bas. Cette posi­tion est appelée “bras en T‑Rex” car elle rap­pelle la pos­ture du célèbre dinosaure. On peut aus­si ren­con­tr­er des vari­antes comme les mains tournées vers le haut et plaquées sur la poitrine, les doigts plus ou moins écartés…  On la ren­con­tre le plus sou­vent durant la marche ou lors des phas­es de repos/sommeil. Comme l’hy­per­mo­bil­ité des per­son­nes TSA et TDAH leur con­fère une plus grande sou­p­lesse dans les artic­u­la­tions des coudes et des poignets, cette posi­tion peut alors sem­bler bien plus naturelle à adopter pour bien se tenir tout en appor­tant une sen­sa­tion de détente. Le fait de resser­rer les coudes con­tre les côtes ren­force le sen­ti­ment de sécu­rité et calme le sys­tème nerveux. Cela per­met aus­si de mieux con­trôler son équili­bre et de mieux visu­alis­er de son pro­pre corps dans l’e­space. Enfin, de nom­breux per­son­nes ne savent pas quoi faire de leurs bras qui tombent et les “rangent” de cette façon sans trop y réfléchir. ^^

 

LIRE OU REGARDER LA TELEVISION LA TETE EN BAS

Femme positionnée la tête en bas sur un canapé.

Cette posi­tion répond à un besoin sen­soriel: le sys­tème vestibu­laire, situé dans l’or­eille interne, nous per­met de con­trôler notre équili­bre et notre capac­ité à nous repér­er notre posi­tion dans l’e­space et face à la grav­ité. Se plac­er la tête en bas pour lire ou regarder la télévi­sion per­met donc de mod­i­fi­er ces per­cep­tions dans le but de se déten­dre.[2] Cer­taines per­son­nes ressen­tent aus­si la pres­sion sur les épaules et l’ar­rière de la tête comme agréable ou ras­sur­ante (un peu comme le réflexe de ren­tr­er sa tête entre les épaules en cas de dan­ger). La vision inver­sée peut en effet réduire l’ex­po­si­tion aux stim­u­lus visuels et audi­tifs, ce qui dimin­ue la fatigue et le stress. Enfin, le poids du corps n’é­tant plus sup­porté par les jambes, il est pos­si­ble de les déten­dre et les bouger libre­ment pour se stim­uler.

 

S’ASSOIR LES JAMBES EN L’AIR

Femme assise sur canapé en tenant ses jambes relevées dans une position atypique.

Beau­coup de per­son­nes autistes et TDAH éprou­vent le besoin de surélever leurs jambes en posi­tion assise, comme si le sol était brûlant et qu’elles évi­taient d’y pos­er les pieds. La pres­sion d’un genou con­tre la poitrine ou d’un mem­bre sous le corps entraîne une sen­sa­tion de sécu­rité et aide à réguler les sen­ti­ments de stress ou d’anx­iété. De nom­breux enfants, qu’ils soient neu­rotyp­iques ou neu­roatyp­iques, aiment s’as­soir en “posi­tion W”, c’est à dire les genoux pliés vers l’a­vant et les jambes écartées le long du corps. Cela per­met d’amélior­er la sta­bil­ité, l’équili­bre et la per­cep­tion de leur pro­pre corps dans la pièce. L”hypermobilité de nom­breuses per­son­nes neu­roatyp­iques leur per­met de se tor­dre dans des posi­tions bizarres qui sont par­fois perçues comme agréables.[3] Et comme déjà dit plus haut, les per­son­nes TDAH ont sou­vent la bougeotte et changent sou­vent de posi­tion car elles ne tien­nent pas en place. ^^’

 

CONCLUSION

Même si l’adop­tion de ces posi­tions ne présente en général pas de risque par­ti­c­uli­er sur le court terme, leur main­tien sur des péri­odes pro­longées peut entraîn­er des con­séquences douloureuses sur l’os­sa­t­ure ou les ten­dons. Il arrive très sou­vent que la cir­cu­la­tion san­guine puisse être coupée et que les mem­bres s’en­gour­dis­sent. Dans le cas des jeunes enfants dont le corps est encore en développe­ment, ces pos­tures atyp­iques peu­vent engen­dr­er des com­pli­ca­tions qui néces­siteront l’aide d’un spé­cial­iste. La marche sur la pointe des pieds peut entraîn­er un rac­cour­cisse­ment du ten­don d’Achille ou des douleurs dans les jambes.[4] La tenue pro­longée de la posi­tion assise en W peut aus­si entraîn­er des prob­lèmes de développe­ment mus­cu­laires mais les études récentes ne sem­blent plus la désign­er comme cause directe de la dys­plasie de la hanche.[5] Il est quand même recom­mandé de réduire autant que pos­si­ble le temps de ces pos­tures et, dans le meilleur des cas, de les rem­plac­er par des posi­tions plus adap­tées au bien-être de l’or­gan­isme, comme s’as­soir en tailleur ou appren­dre à pos­er le talon lors de la marche.

 

NOTES ET REFERENCES

Cliquez à nou­veau sur les chiffres pour repren­dre la lec­ture où vous l’avez lais­sée…

 

[1] Les Stims sont des mou­ve­ments répéti­tifs ser­vant à réguler les émo­tions. Tout le monde en fait par exem­ple en tapant des pieds quand on s’en­nuie ou en se touchant le vis­age quand on est stressé. Les neu­roatyp­iques le font plus sou­vent et de façon plus pronon­cée en général.

[2] Cer­taines per­son­nes, sou­vent les enfants, peu­vent aus­si la sen­sa­tion d’é­tour­disse­ment (tête qui tourne) très amu­sante quand ils se redressent.

[3] Un peu comme une séance de yoga si l’on puit dire. Mais toutes les per­son­nes hyper­mo­biles ne ressen­tent pas ce besoin bien évidem­ment. ^^

[4] https://www.cliniquecourteechelle.ca/equinisme , https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1779012321003405

[5] https://health.clevelandclinic.org/w‑sitting , https://hipdysplasia.org/w‑sitting-and-hip-development

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