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Les fabuleux traits autistiques d’Amélie Poulain

Amélie Poulain déguisée en Zorro.

 

Le fab­uleux des­tin d’Amelie Poulain, film de Jean-Pierre Jeunet sor­ti en 2001, a mar­qué toute une généra­tion par sa vision idéal­isée de la vie des habi­tants du quarti­er Mont­martre et de son héroïne soli­taire et rêveuse qui en relève les petits détails que les autres ne voient pas. Aus­si, quand la majorité des spec­ta­teurs en ont gardé le sou­venir d’une comédie roman­tique, il en est quelques autres qui se sou­vi­en­nent surtout de petits détails, qui les font s’i­den­ti­fi­er au per­son­nage d’Amélie Poulain. Car si chaque per­son­nage a une per­son­nal­ité orig­i­nale, notre héroïne évolue avec une sin­gu­lar­ité bien à part, rap­pelant cer­tains des traits typ­iques du spec­tre de l’autisme.

 

LES TROUBLES DU SPECTRE AUTISTIQUE C’EST QUOI?

Les trou­bles du spec­tre autis­tique (TSA) se car­ac­térisent par des dif­fi­cultés dans les inter­ac­tions sociales et la com­mu­ni­ca­tion ain­si que par des com­porte­ments et des cen­tres d’in­térêts restreints et répéti­tifs. Des trou­bles sen­soriels comme l’hy­po et/ou hyper­sen­si­bil­ité aux bruits, aux lumières, à cer­taines tex­tures ou à la douleur sont aus­si sou­vent présents. On par­le de spec­tre car les symp­tômes peu­vent présen­ter dif­férents niveaux de sévérité et évoluer avec le temps. Chaque cas étant dif­férent, cer­taines per­son­nes ne souf­friront d’au­cun retard men­tal et pour­ront men­er une vie indépen­dante, quand d’autres auront des dif­fi­cultés d’ap­pren­tis­sage du lan­gage et de la vie en com­mu­nauté qui deman­deront un sou­tien beau­coup plus impor­tant. Les TSA se man­i­fes­tent dès l’en­fance et accom­pa­g­nent les per­son­nes toute leur vie. On naît autiste, on meurt autiste. De nom­breuses études ont démon­tré leur orig­ine mul­ti­fac­to­rielle avec une grande part de géné­tique dans leur appari­tion, à des stades de développe­ment du sys­tème nerveux, bien avant la nais­sance.

Il est aus­si bon de rap­pel­er que con­traire­ment à une croy­ance tenace, non tout le monde n’est pas un peu autiste. On est autiste ou l’on ne l’est pas, mais on peut l’être un peu (légère­ment) ou beau­coup (sévère­ment) quand on l’est. Et les TSA ne pro­curent pas non plus de super pou­voirs ou une intel­li­gence hors du com­mun, cela dépend du pro­fil de cha­cun.

Notons aus­si qu’il n’est nulle­ment l’in­ten­tion ici de pos­er le diag­nos­tic d’un per­son­nage fic­tif, mais plutôt d’ex­pli­quer les traits qui pour­raient y cor­re­spon­dre, pour des gens qui les recon­nais­sent.

 

DES FACTEURS GENETIQUES POTENTIELS?

Amandine Poulain nettoyant et rangeant son sac à main en vain.

Le film com­mence le 3 sep­tem­bre 1973, jour de la con­cep­tion d’Amélie par ses par­ents Raphaël et Aman­dine Poulain. Le film insiste beau­coup sur la per­son­nal­ité atyp­ique de ces derniers: ils sont anx­ieux, psy­cho­rigides, n’ap­pré­cient pas vrai­ment les con­tacts physiques et s’adon­nent à des rit­uels stéréo­typés. Le père d’Amélie aime arracher des grands morceaux de papi­er peint, align­er ses chaus­sures pour les cir­er avec soin, et ranger sa caisse à out­ils en suiv­ant une rou­tine bien spé­ci­fique. La mère d’Amélie est tout aus­si portée sur la manie d’align­er les objets sur la table quand elle range son sac à main.[1] Elle aime aus­si laver le par­quet avec des patins, en effec­tu­ant en boucle les mêmes mou­ve­ments. La répéti­tion de la même rime (peint, soin, matin, vain…) à la fin de chaque phrase (de la voix off) accentue l’aspect restreint de ces intérêts répéti­tifs.

Si le film les présente comme des gens névrosés (dépres­sion et trou­ble obses­sion­nel com­pul­sif), il est bon de not­er que cette par­tie du film se déroule dans les années 70, alors que les travaux de recherche sur les formes légères de l’autisme (Hans Asperg­er, 1944)[2] n’ont vrai­ment été repris­es qu’après leur redé­cou­verte par Lor­na Wing en 1981. Ain­si la petite Amélie Poulain était-elle peut-être prédis­posée à dévelop­per des trou­bles du spec­tre autis­tique si ses par­ents en présen­taient déjà cer­tains symp­tômes.[3]

 

DES DIFFICULTES D’INTERACTIONS SOCIALES ET DE COMMUNICATION

Amélie Poulain, photo déchirée en déguisement de Zorro comportant adresse du café des 2 Moulins pour Nino.

Amélie Poulain passe son enfance à l’é­cart des autres enfants. Son père, ancien médecin mil­i­taire, s’ab­stient de tout con­tact physique avec sa fille en dehors d’un exa­m­en médi­cal men­su­el. La con­séquence en sera un mau­vais diag­nos­tic de prob­lème car­diaque car la petite Amélie, tant désireuse qu’il la serre dans ses bras, ne pour­ra empêch­er son cœur de s’emballer à chaque fois. Pour ménag­er sa san­té, les deux par­ents pren­dront la déci­sion de ne pas l’in­scrire à l’é­cole, sa mère insti­tutrice ten­ant le rôle de tutrice. La petite fille va alors une imag­i­na­tion débor­dante et s’in­ven­ter un monde et des amis imag­i­naires… sauf un, bien réel: un pois­son rouge surnom­mé “Le Cachalot”, aux ten­dances sui­cidaires. Il fini­ra par être aban­don­né dans un cours d’eau par la mère ne sup­por­t­ant plus le stress de décou­vrir qu’à tout moment l’an­i­mal ait pu encore sauter hors de son bocal. La sit­u­a­tion empir­era après la mort d’A­man­dine Poulain: le père d’Amélie déjà peu affectueux se replie davan­tage sur lui même, obsédé par la con­struc­tion d’un petit mau­solée dans le jardin pour recueil­lir les cen­dres de sa femme.

On pour­rait penser qu’une fois dev­enue adulte et vivant dans son pro­pre apparte­ment parisien, Amélie aurait fini par s’ou­vrir au monde, mais elle con­tin­uera de men­er une vie soli­taire. Ses expéri­ences amoureuses se révèleront déce­vantes et aucune ami­tié ne nous sera présen­tée, à une excep­tion près: Philomène, une hôtesse de l’air tou­jours en voy­age et dont Amélie garde le chat durant son absence. Elle sem­ble con­naître ses voisins de façon super­fi­cielle et ne fini­ra par s’en rap­procher qu’épisodique­ment, plus dans le but d’obtenir des infor­ma­tions sur les sujets qui l’ob­sè­dent que pour nouer de véri­ta­bles liens.

Au quo­ti­di­en, elle se mon­tre suff­isam­ment socia­ble pour exercer un emploi de serveuse au Café des 2 Moulins, un petit étab­lisse­ment calme et majori­taire­ment fréquen­té par des habitués. Elle présente cepen­dant des dif­fi­cultés d’in­ter­ac­tion et de com­mu­ni­ca­tion sociales dans les sit­u­a­tions de promis­cuité: elle inven­tera toutes sortes de strat­a­gèmes pour ren­dre des objets per­dus à leurs dif­férents pro­prié­taires et éviter ain­si un face à face direct. Cette manière d’a­gir pour­rait être motivée par la crainte de s’ex­pos­er à des émo­tions exprimées trop inten­sé­ment et qui seraient dif­fi­cile à gér­er pour elle. S’il s’agis­sait sim­ple­ment de timid­ité,  pourquoi ne pas se con­tenter de leur dépos­er l’ob­jet dans leur boîte aux let­tres au lieu d’imag­in­er une solu­tion si com­plexe? ^^’

Les per­son­nes autistes préfèrent sou­vent vivre à l’é­cart de la pop­u­la­tion mais cela ne sig­ni­fie pas tou­jours qu’elles ne cherchent pas à nouer des liens. Leur inadap­ta­tion aux codes soci­aux les con­fron­tent sou­vent à des malen­ten­dus et de l’incompréhension qui les poussent à se voir éviter et rejeter, mal­gré leurs ten­ta­tives de mas­quer leurs traits spé­ci­fiques. Par mimétisme, elles se créent un “masque de nor­mal­ité” pour avoir l’air moins bizarre en société mais cela se mon­tre éprou­vant sur la durée et leur impose des phas­es de repos plus longues que la moyenne des gens. Le sen­ti­ment de fatigue con­stante les pri­vant de sor­tir de chez elles, il n’est pas rare qu’elles en vien­nent, comme la petite (et la grande!) Amélie,  à s’in­ven­ter un monde imag­i­naire pour combler leur soli­tude. Etant aus­si très attachées à leurs rou­tines et très réti­centes au change­ment (et donc l’im­prévu), il leur est sou­vent dif­fi­cile de con­cili­er leurs besoins avec une vie en société qui ne respecte pas tou­jours les horaires con­venus. On notera la scène du film où Amélie com­mencera à pani­quer de façon exces­sive quand Nino aura 10 min­utes de retard à leur “ren­dez-vous”.

Une autre croy­ance tenace est l’ab­sence d’empathie chez les per­son­nes avec TSA.[4] Même s’il est vrai qu’elles affichent sou­vent des dif­fi­cultés à détecter les émo­tions des autres, elles s’y mon­trent néan­moins sen­si­bles quand elles finis­sent par les iden­ti­fi­er et se mon­trent générale­ment très soucieuses du bien-être des autres. Amélie passera une grande par­tie du film à essay­er de résoudre les prob­lèmes des per­son­nes qu’elle côtoie au quo­ti­di­en et en tir­era une cer­taine sat­is­fac­tion d’ailleurs. 😉

Les prob­lèmes de com­mu­ni­ca­tion peu­vent aus­si don­ner lieu à des sit­u­a­tions déli­cates, les per­son­nes autistes com­prenant assez mal l’im­plicite. Elles répon­dront en général d’une manière directe et franche, ce qui pour­ra par­fois vex­er leur inter­locu­teur. On en voit un exem­ple durant la scène où Madeleine Wal­lace, la concierge d’Amélie lui lit une let­tre de son défunt mari qui la surnomme “Ma belette “. A la ques­tion: “On vous a déjà écrit des let­tres d’amour comme celle-là made­moi­selle ?”, Amélie répon­dra d’un ton froid et direct: “Non je suis la belette de per­son­ne… “, ce qui sem­ble son­ner con­de­scen­dant pour la pau­vre veuve.[5] En revanche, ayant reçu une édu­ca­tion stricte par la mère, elle ne sem­ble pas avoir de dif­fi­cultés avec l’im­plicite, bien qu’en­fant elle ait pu en ren­con­tr­er avec les homo­graphes.

On dit aus­si sou­vent que les per­son­nes autistes ne savent pas men­tir alors qu’Amélie y arrive très bien. Croire cela est légère­ment réduc­teur: elles peu­vent très bien s’adapter et appren­dront très bien à le faire à force d’ob­serv­er les gens le faire sans arrêt, même si cela ne les enchante pas tou­jours de devoir dire des men­songes…[6]

 

DES COMPORTEMENTS REPETITIFS ET DES SENSIBILITES SENSORIELLES

Amélie Poulain petite qui fait du stimming, flapping en tapant ses mains sur ses oreilles.

Le générique du début de film nous mon­tre des moments de l’en­fance d’Amélie Poulain où elle joue toute seule. Même si la plu­part des activ­ités sem­blent pra­tiquées par beau­coup d’en­fants, une scène par­ti­c­ulière­ment frap­pante nous la mon­tre effec­tu­ant du flap­ping,[7] en tapant fréné­tique­ment la paume de ses mains con­tre ses oreilles. Ces com­porte­ment répéti­tifs désignés comme des stims (stim­ming) ont pour fonc­tion de réguler les d’é­mo­tions, d’a­pais­er le stress ou de se stim­uler tout sim­ple­ment. Ils sont par­ti­c­ulière­ment présents chez les enfants autistes et peu­vent se man­i­fester de divers­es façons: regarder fix­e­ment des objets en mou­ve­ments (lave-linge qui tourne, lumières clig­no­tantes…), se bal­ancer sur eux-mêmes ou répéter les même mou­ve­ments durant des péri­odes pro­longées… On retrou­ve bien enten­du ces com­porte­ments chez les per­son­nes non autistes, mais de façon moins démon­stra­tive: se touch­er le vis­age, tapot­er ses doigts sur une table, fre­donner un petit air… et beau­coup moins régulière et répéti­tive.

Il est impor­tant de not­er que ces com­porte­ments répéti­tifs sont déjà présents avant la mort de sa mère l’an­née de ses 11 ans et ne sont donc pas les symp­tômes d’un Trou­ble de Stress Post-Trau­ma­tique. [8]

L’autisme étant sou­vent asso­cié à une hyper­sen­si­bil­ité sen­sorielle, les per­son­nes neu­roatyp­iques [9] sont sen­si­bles aux lumières vives et aux envi­ron­nements bruyants, néces­si­tant sou­vent des amé­nage­ments. Elles ren­con­trent aus­si des dif­fi­cultés à porter cer­tains vête­ments aux tex­tures désagréables ou à con­som­mer cer­tains ali­ments. Il n’est aus­si pas rare qu’en asso­ci­a­tion avec leur aver­sion au change­ment, elles finis­sent par manger le même menu à chaque repas car cela les ras­sure. Des sen­si­bil­ités sen­sorielles seront exposées tout au long du film: image qui trem­ble, lumières et bruits agres­sifs dans cer­taines scènes du métro parisien; le plaisir qu’Amélie ressent à plonger sa main au plus pro­fond d’un sac de grains,  à écouter les petits bruits de la petite cuil­lère cas­sant la croûte d’une crème brûlée ou du clapo­tis des ric­o­chets qu’elle aime faire sur le canal Saint-Mar­tin.

Lors de sa vis­ite aux par­ents de M. Col­lignon, Amélie fera même un détour pour ramass­er des galets, ce qui sug­gère une cer­taine habi­tude à en col­lecter à tout moment et un peu partout. Beau­coup de per­son­nes autistes col­lec­tion­nent des objets, même les plus insignifi­ants, en rap­port avec leurs intérêts spé­ci­fiques. Un intérêt spé­ci­fique ou intérêt restreint obses­sion­nel désigne une pas­sion devenant vite obsé­dante, au point d’empiéter régulière­ment sur le temps nor­male­ment con­sacré au tra­vail ou aux activ­ités quo­ti­di­ennes. Les per­son­nes autistes se focalisent beau­coup sur les détails (que les autres per­son­nes ne remar­quent pas comme elle le dit dans le film) et il n’est donc pas rare qu’elles en devi­en­nent expertes tant le besoin de tout con­naître et le temps con­sacré sont impor­tants.[10] Elles pour­raient en par­ler des heures durant, ce qu’elles fer­ont si on leur en donne l’oc­ca­sion, et qui ennuie inévitable­ment leur inter­locu­teur sans qu’elles ne s’en ren­dent for­cé­ment compte. Car si cer­taines per­son­nes se pas­sion­nent pour des sujets comme les films ou le sport, d’autres préfèrent s’in­téress­er à des sujets beau­coup moins typ­iques comme les mal­for­ma­tions géné­tiques ou l’évo­lu­tion des tech­niques de tis­sage à tra­vers les siè­cles ^^.

Le véri­ta­ble intérêt obses­sion­nel d’Amélie se développe sûre­ment avec la décou­verte de la petite boîte aux tré­sors dis­simulée dans une cache, der­rière une plinthe de sa salle de bain. Désireuse de retrou­ver son pro­prié­taire, elle se lancera dans une véri­ta­ble enquête qui se con­clu­ra par un suc­cès. Dès lors, elle com­mencera à s’in­téress­er aux autres et à adopter une per­son­nal­ité de “jus­ti­cière”. Les per­son­nes autistes ont générale­ment un sens aigu de la jus­tice et de ce qui est bien et mal. Et même s’ils sont très attachés au respect des règles et des lois, le choix futur d’Amélie de se déguis­er en Zor­ro lors d’une séance pho­tographique nous mon­tre claire­ment sa vision pro­pre de la jus­tice. Cer­taines règles peu­vent être vio­lées quand le besoin le jus­ti­fie:

  1. Elle n’hésit­era pas à faire un dou­ble des clés de son voisin com­merçant (M. Col­lignon) pour piéger son apparte­ment dans le but de venger son employé Lucien qu’il mar­tyrise.
  2. Elle dérobera aus­si le nain de jardin de son père à la retraite et la con­fiera à son amie hôtesse de l’air qui en enver­ra des clichés depuis plusieurs pays étrangers. Cela fini­ra par pouss­er le vieil homme à par­courir le monde et rompre sa soli­tude for­cée depuis la mort de sa femme.
  3. Elle men­ti­ra à sa col­lègue Geor­gette et à Joseph, un habitué du café où elles tra­vail­lent pour les pouss­er à se met­tre en cou­ple (et le faire enfin arrêter d’es­pi­onner son ex Gina, une autre col­lègue).
  4. Enfin, n’hésit­era pas à envoy­er à sa concierge Madeleine une fausse let­tre de son mari dis­paru des années après leur sépa­ra­tion, pour lui remon­ter le moral.

Le futur com­pagnon d’Amélie Poulain, Nino Quin­cam­poix, présente lui aus­si des pas­sions peu com­munes: enreg­istr­er des rires qui sor­tent de l’ordinaire, pho­togra­phi­er les empreintes de pas dans le béton frais et col­lec­tion­ner les pho­tos d’i­den­tité ratées récupérées dans les poubelles des pho­toma­tons, qu’il rassem­ble dans un album. Il le per­dra plus tard dans la rue et notre héroïne le récupèr­era. Après l’avoir feuil­leté, elle remar­quera rapi­de­ment qu’au fil des pages le por­trait d’un homme y revient régulière­ment. Ne par­venant pas à trou­ver une solu­tion rationnelle à cela, elle préfèr­era croire à une solu­tion sur­na­turelle avant d’obtenir la réponse à sa ques­tion suite à une ren­con­tre inespérée.[11]

Enfin, même s’ils ne con­stituent pas tou­jours des élé­ments clés retenus lors de l’étab­lisse­ment d’un diag­nos­tic, on ren­con­tre fréquem­ment une pos­ture rigide ou inap­pro­priée et une démarche sin­gulière chez les per­son­nes autistes. Il n’est pas rare de les voir s’as­soir dans des posi­tions bizarres, marcher sur la pointe des pieds ou adapter la posi­tion des “Bras de T‑Rex”, c’est à dire les coudes pliés plaqués au corps et les poignets relâchés vers le bas. Nous ne voyons pas de tels com­porte­ments dans le film bien qu’on puisse not­er à plusieurs reprise qu’Amélie Poulain a ten­dance à marcher d’une manière plutôt rigide, les bras raides le long du corps. Elle adopte aus­si une pos­ture timide et mal­adroite quand elle entre chez les gens, comme si elle ne savait pas à quel endroit se tenir dans l’e­space, peut-être un soucis de per­cep­tion sen­sorielle? 🙂

 

EN CONCLUSION

Amélie Poulain plonge sa main au plus profond d'un sac de grains.

Alors ver­dict?

Même si l’on doit rap­pel­er encore une fois que nous analysons sur un per­son­nage fic­tif, nous pou­vons con­stater que cer­tains élé­ments lais­sent forte­ment penser qu’Amélie Poulain présente des traits car­ac­téris­tiques du spec­tre autis­tique. Et d’ailleurs, rien ne nous dit qu’elle ne masque pas en per­ma­nence une fois sor­tie de chez elle. Ses par­ents en parta­gent aus­si quelques-uns. Mais je pense per­son­nelle­ment que la scène de flap­ping au début du film pour­rait se suf­fire à elle-même et qu’elle n’a pas dû laiss­er cer­tains spec­ta­teurs indif­férents…

J’aimerais aus­si pré­cis­er que , si vous en avez eu le sen­ti­ment par moments, mon inten­tion n’é­tait nulle­ment d’ap­porter une con­no­ta­tion néga­tive lors de mes descrip­tions. Les ter­mes “trou­bles” ou “symp­tômes” peu­vent paraître choquants, mais s’ap­pliquent hélas chaque jour à la sit­u­a­tion de per­son­nes dont la neu­roatyp­ie est un frein à leur épanouisse­ment, sou­vent depuis leur enfance. A con­trario, cer­taines per­son­nes TSA ne décou­vriront leur dif­férence qu’à un âge tardif, ayant réus­si à s’adapter plus facile­ment à la vie en société.

Les TSA ne sont pas une mal­adie, mais un fonc­tion­nement dif­férent par rap­port à une majorité; dont le fonc­tion­nement sem­ble lui-même de moins en moins adap­té à la société actuelle. Chaque per­son­ne doit être vue avant tout comme une être humain à part entière, avant de par­ler de ses par­tic­u­lar­ités. 😉

 

NOTES ET REFERENCES

Cliquez à nou­veau sur le chiffre cor­re­spon­dant pour repren­dre votre lec­ture où vous l’avez lais­sée.

[1} On retrou­ve égale­ment un com­porte­ment sim­i­laire chez les per­son­nes autistes: align­er ou empil­er des objets, par ordre de taille, type ou couleur par exem­ple.
[2] Avant le con­cept mod­erne de TSA, on par­lait de forme sévère d’Autisme de Kan­ner ou légère appelée Syn­drome d’Asperg­er (oui comme dans les séries télé ;D ).
[3] On a longtemps pen­sé (jusqu’en 2012 en France!) qu’une des caus­es pos­si­bles de l’autisme était le manque d’af­fec­tion d’une mère frigide et dis­tante envers leurs enfants.
[4] Hans Asperg­er qual­i­fi­ait l’autisme léger de Psy­chopathie autis­tique, mais le rap­port s’ar­rête générale­ment là ^^.
[5] Sur ce point, je ne suis tou­jours pas sûr de si Madeleine est vexée par la remar­que ou triste pour Amélie.^^’
[6] Il est impor­tant de not­er ici que les petites filles autistes passent sou­vent inaperçues, leur com­porte­ment étant jugé tout sim­ple­ment féminin. Elles arrivent générale­ment à mieux mas­quer leur dif­férence que les garçons de leur âge.
[7] Papil­lon­ner. Stim con­sis­tant à agiter fréné­tique­ment les bras rap­pelant le bat­te­ment d’aile d’un papil­lon.
[8] Les per­son­nes souf­frant de ce type de trau­ma­tisme peu­vent aus­si évac­uer leurs angoiss­es par des gestes répéti­tifs. Notons aus­si que les stims se retrou­vent fréquem­ment chez les per­son­nes TDAH, qui est une comor­bid­ité très fréquente de l’autisme.
[9] Terme regroupant tout fonc­tion­nement neu­rologique non typ­ique comme le TSA, le TDAH, le Haut Poten­tiel Intel­lectuel ou les Trou­bles de l’Ap­pren­tis­sage (dyslex­ie, dys­prax­ie).
[10] Si l’on reprend la Théorie qu’il faudrait 10 000h à quelqu’un pour devenir expert dans une matière (d’après les travaux de Karl Anders Eric­s­son), dans le cas d’une per­son­ne TSA cela pour­rait être rapi­de ^^. https://fr.wikipedia.org/wiki/K._Anders_Ericsson
[11] Il n’est pas rare que les per­son­nes TSA se pas­sion­nent pour des sujets sur­na­turels ou para­nor­maux. Une théorie célèbre veut qu’Isaac New­ton ait pu avoir un TSA . L’ou­ver­ture de ses archives après sa mort a révélé qu’il avait passé plus de temps à faire des recherch­es sur la théolo­gie ou sur l’alchimie(60%), que sur ses décou­vertes scientifiques(40%).

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